samedi 16 avril 2016

Lettre à F. Hollande du 15 avril


Michel Cialdella
6, rue Joseph Bertoin
38600  Fontaine.

 

« Je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui c'est possible. Les législateurs et les gouvernements doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n'est pas fait, le devoir n'est pas rempli ».


Victor Hugo, le 9 juillet 1849.

 

 

A monsieur François Hollande
Président de la République Française
Palais de l'Elisée
55, rue du Faubourg St Honoré
75008 Paris

http://www.elysee.fr/ecrire/

 

Fontaine, le 15 avril 2016

 

Monsieur le Président de la République

Hier soir j'ai pris sur moi de regarder l'émission, car au bout de quatre ans de réformes catastrophiques pour les salariés. Je ne m'attendais pas à un quelconque miracle. L'émission intitulée Dialogue Citoyen a invité ce qu'ils ont appelé un panel de quatre personnes loin d'être représentatives du peuple. Nadine Hourmant, déléguée Force Ouvrière chez Doux avait été choisie pour vous poser des questions. Elle a été retirée de la liste des invités. L'Élysée n'y est pour rien ? Les syndicalistes ne sont-ils pas considérés comme des citoyens ?

D'emblée vous avez déclaré avoir affronté des choses terribles. Que devraient dire tout ceux que votre politique a plongés dans le chômage, la précarité et la misère ?

Vous prétendez moderniser le pays et conserver notre modèle social. Selon vous aujourd'hui ça va mieux. Franchement, le chômage est au plus haut, les salaires sont au plus bas, la sécurité sociale ne permet plus l'égalité des soins puisque 30 % de la population renoncent à tout ou partie des soins. Vous avez fait reculer l'âge de la retraite.  Les fermetures d'hôpitaux, les privatisations de services publics, les entreprises qui délocalisent, etc.....Et cela dans un pays qui n'a jamais été aussi riche !

Selon les branches professionnelles, à qualification égale les femmes ont des salaires inférieurs de 18 à 27% à ceux des hommes. Elles occupent majoritairement les emplois à temps partiel non choisis.

Vous avez placé les allocations familiales sous condition de ressources, ce qui n'est pas une mesure de justice sociale. Pierre Laroque ancien directeur général de la Sécurité sociale et non pas le père de celle-ci disait : « avec les conditions de ressources, on a introduit dans la législation un élément d’assistance qui répugnait aux législateurs de 1945 – 1946 » .

De plus, cela n'a rien rapporté aux familles les plus modestes. À l'origine les allocations familiales étaient prises en charge par des cotisations d'entreprise. Vous avez poursuivi une fiscalisation des recettes. C'est-à-dire que comme pour la prime d'activité ce sont les impôts qui financent ce qui était un salaire socialisé. Il faut rappeler ici que le budget de l'État est financé à 80 % par les seuls salariés.

Vous avez décidé de l'instauration obligatoire d'une complémentaire santé, prise en charge à parts égales entre l'entreprise et le salarié. Sous des apparences de justice sociale, c'est une atteinte de plus à la Sécurité sociale. Rappelons ici que la Sécurité sociale est beaucoup plus performante et économique que les complémentaires dont le coût de fonctionnement est au moins trois fois supérieur à celui de la Sécurité sociale.

Dans les entreprises où il n'y a pas de syndicat ce sont des patrons qui choisissent la complémentaire qui leur convient le mieux, c'est-à-dire la plupart du temps, une assurance privée bien que plus coûteuse et moins efficace que la Sécurité sociale que vous prétendez défendre. Après ces quelques exemples, déclarer que "ça va mieux" est pour le moins scandaleux, d'autant que vous ajoutez : « je vais poursuivre ». Alors là je dis non, arrêtez le massacre !

Selon vous, les aides aux entreprises seraient des aides aux salariés. En réalité ce genre d'affirmation ne trompe pas grand monde et il relève de l'enfumage. Ceux qui ont fait un peu d'économie savent que les milliards déversés sans contrôle aux entreprises, au nom de l'emploi, n'ont en réalité qu'un seul but remonter le taux de profit, et engraisser les actionnaires. En France, les sociétés du CAC 40 versent bon an mal an 40 % de leurs bénéfices aux actionnaires. Sur l'ensemble des entreprises non financières, les dividendes représentent 13 % de la masse salariale en 2009, contre 4 % au début des années 1980 (1).

Pour les actionnaires tout va bien, pour eux, ne changez rien.

Source : Blog de Christian Chavagneux, le 10 mars 2014.

Comme si tout cela ne suffisait pas, vous et votre équipe avez entrepris la destruction du Code du travail fruit d'un siècle de lutte ouvrière. Conçu pour protéger les travailleurs, la loi "Medef - El Khomri - Valls - Macron - Hollande" en fait une arme de guerre contre le salaire.

Élaborée, nous dit l'Article 1er,  par une commission d' "experts", c'est-à-dire des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise (pour y travailler). Cette loi travail dont 80 % des salariés ne veulent pas est conçu dans le seul intérêt de l'entreprise, c'est-à-dire du patronat. En témoigne l'enthousiasme de Monsieur Gattaz. Ce ne sont pas les quelques modifications à la marge qui changent quelque chose. D'ailleurs les jeunes ne s'y sont pas trompés. Ces modifications font penser à la célèbre réplique du "Guépard" : « Il faut tout changer pour que rien ne change ».

Le texte contient des formulations "bizarres" comme à alinéa 14 de l'Article 1er , : « Le contrat de travail peut prévoir une période d'essai d'une durée raisonnable ». Qu'est-ce qu'une durée raisonnable ? Cela pourrait faire sourire si les salariés n'en étaient pas les victimes.

Vous affirmez « Je poursuivrai jusqu'au bout, la loi ne sera pas retirée ». C'est faire peu de cas du vote des députés, et quel mépris pour le peuple !

Concernant l'affaire Panama Papers, vous évoquez les excès du capitalisme. Mais pas du tout, il s'agit là de la logique même du capitalisme. La finance n'est pas un parasite ni une dérive, mais une composante permanente du capitalisme (1).

Que cela plaise ou non, Marx est toujours d'actualité !

« D'un côté, les orgies éhontées de l'aristocratie financière, de l'autre, la lutte du peuple pour les denrées de première nécessité » (2).

Ce n'est pas la fuite en avant dans le libéralisme qui va régler les problèmes que les salariés rencontrent. Comme l'écrivait déjà en 2003 Guillaume Duval : le libéralisme n'a pas d'avenir. (3)

Comme disait Saint-Just : « Il ne faut point faire qu'il (le peuple) convienne aux lois, il vaut mieux faire en sorte que les lois lui conviennent ».

Sachez qu'une démocratie qui n’a pas de base de consentement dans le peuple n’est pas une véritable démocratie.(4).

Si par inadvertance j'ai pu voter pour vous, sachez que cela ne se reproduira plus.

Michel Cialdella
Citoyen en colère

 

 

 

 

1 - Michel Husson économiste.

2 - Les luttes de classes en France - Karl Marx - 1848.

3 - Le libéralisme n'a pas d'avenir. Guillaume Duval. Édition la découverte. 2003.

4 - Eric Hobsbawm. Historien dont les ouvrages historiques ont été traduits en une trentaine de langues.

vendredi 8 avril 2016

EN MARCHE.......arrière...



Si l'on en croit "Le Point.fr" du 7 avril 2016, En marche ! : le mouvement de Macron est hébergé par le patronat. Ce mouvement politique lancé par le ministre est domicilié à l'adresse du directeur de l'Institut Montaigne, un think tank d'obédience libérale.

L'adresse légale du mouvement "En marche !" n'est pas déposée au nom du directeur de l'institut, Laurent Bigorgne, mais « au nom de son épouse, qui est une amie personnelle d'Emmanuel Macron ».

Le ministre de l'Économie... des dépenses pour les pauvres, a indiqué que c'était un « mouvement politique nouveau », ajoutant qu'il n'était « ni à droite ni à gauche ». Pour la nouveauté, il repassera. Quant à "ni droite, ni gauche", ce slogan était dans les années 1930 véhiculé par l'idéologie fasciste en France (1).

 

1 - Ni droite, ni gauche, l'idéologie fasciste en France - Zeev Sternhell - Galllimard - 2012

dimanche 20 mars 2016

QUI SONT LES BARBARES ?




Qui sont les barbares ?

Une vidéo sur le net où l'on voit le cinéaste ou l'on voit le cinéaste René Vautier, né le 15 janvier 1928 et mort le 4 janvier 2015. Né d'un père ouvrier et d'une mère institutrice, il mène sa première activité militante au sein de la résistance en 1943, alors qu'il est âgé de 15 ans, ce que lui vaut plusieurs décorations. Il est décoré de la croix de guerre à 16 ans, est cité à l'ordre de la nation par le général De Gaulle pour faits de résistance en 1944.

Il lit des documents de la bibliothèque nationale. J'ai recopié l'intégralité du discours.

http://www.noorinfo.com/Documentaire-Qui-sont-les-barbares_a11560.html

Voici le texte

René Vautier donne lecture de documents pris à la bibliothèque nationale à Paris. Des témoignages des conquérants de l'époque des conquérants français. D'abord des extraits du bréviaire qu'on avait remis aux officiers et aux soldats qui s'en allaient en Afrique. Cela s'appelait "Aperçu historique, statistique et topographique sur l'état d'Alger".

« Ces contrées sont des terres vacantes abandonnées aux mauvaises herbes par la paresse et l'indolence des Maures. Les femmes du pays sont livrées, par la paresse des Arabes, qui passent toute leur vie à fumer, à la turpitude de mœurs extrêmement relâchées. Elles n'ont pas de religion, beaucoup doutent qu'elles aient une âme immortelle et croient qu'elles ne sont faites que pour la reproduction. Le climat aidant les femmes sont nécessairement disposées au plaisir. Alors allez-y des terres vacantes et des femmes consentantes qui n'attendent que les soldats français ».

Et puis, à côté, j'ai vu d'autres documents qui marquent l'étonnement des officiers français qui débarquaient en Afrique.

C'est "Campagnes d'Afrique en 1830" par un officier du corps expéditionnaire : « Cette terre qu'on avait présentée comme sauvage, inhabitée et couverte de jolies maisons de campagne, entourée de jardins. Toutes sont bâties sur des hauteurs dont les mouvements onduleux contrastent avec l'aridité des côtes de Provence. La végétation y est superbe et partout des sources et des courants d'eau fécondent la terre. Les fruits y sont en abondance. Un grand nombre d'aqueducs amène les eaux jusqu'à la capitale ».

Et le Maréchal Bugeaud lui-même :

« j'ai reconnu que l'Algérie produit beaucoup de grains et une immense quantité de bétails. L'immensité des terrains ensemencés atteste de l'existence d'une population beaucoup plus nombreuse qu'on ne le pensait ».

Le commandant Claude -Antoine Rozet :

Dans « Voyage dans la régence d'Alger » en 1833. « Presque tous les hommes savent lire et compter. En France on compte à l'époque 40 % d'analphabètes. Ainsi les soldats qui débarquent sont en général moins instruits que les sauvages qu'ils viennent civiliser. ». 2

 

Le ministre de la guerre de l'époque qui s'appelait Girard : « Il faut se résigner à refouler au loin à exterminer même la population indigène. Le ravage, l'incendie, la ruine de l'agriculture sont peut-être les seuls moyens d'établir notre domination ».

Savary duc de Rovigo : « Apportez des têtes, des têtes, bouchez les conduites d'eau avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez. » Au nom, bien sûr, de la civilisation.

Christian dans l'Afrique française : « Un détachement de l'armée parti d'Alger, surprend la tribu désarmée des Olifias et massacre sur-le-champ tous les hommes toutes les femmes, enfants sans distinction. On parlera de 12 000 morts. Les troupes pour rafler aux Olifias seront vendues au consul du Danemark. Quant au reste du butin, il fut exposer au marché de Babazoune. On n'y voyait des bracelets de femmes encore attachés à des poignées coupées et des boucles d'oreilles pendant à des lambeaux de chair ». Au nom de la civilisation.

Le colonel François De Montagnac : « selon moi toutes les populations qui n'acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris saccagé sans distinction d'âge et de sexe. L'herbe ne doit plus pousser où l'armée française a mis le pied. ».

Saint Arnaud. Il était commandant et c'était aussi un mari très attentionné il écrit à sa femme « Chère Louise, je suis bivouaqué par une chaleur de 40° au milieu de 20 villages superbes qui ne se sont jamais bien soumis. Je leur ai donné jusqu'à ce soir pour payer les impôts et les amendes que je leur inflige. S'il ne s'exécute pas j'enverrai trois colonnes brûler tout ».

En juin 1845, la tribu des Zouled Rira, chassés de ses douars par les détachements incendiaires du colonel Pélissier, se réfugie dans des grottes de montagne. Ordre du maréchal Bugeaud : « si ces gredins se retirent dans leur caverne imitez Cavaignac au Sbéras, fumez-les à outrance comme les renards ».

Voici le récit d'un témoin, français, bien sûr : " Voir au milieu de la nuit à la faveur de la lune un corps de troupes françaises occupé à entretenir un feu infernal, entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux. Le craquement des rochers calcinés s'écroulant. Le matin quand on chercha à dégager l'entrée des cavernes gisaient des bœufs, des ânes, des moutons. Parmi les animaux entassés, sous eux ont trouvait des hommes des femmes et des enfants. J'ai vu un homme mort le genou à terre, la main crispée sur la corne d'un bœuf. Devant lui été une femme tenant son enfant dans les bras. Cet homme avait été asphyxié au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal. On a compté 760 cadavres".

Le 8 mai 1845, Saint Arnaud découvre 500 Algériens qui s'abritent dans une grotte entre Ténès et Mostaganem. Saint Arnaud ordonne à ses soldats de les emmurer vivant. Il écrit : « je fais boucher hermétiquement toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais ces cadavres de ces fanatiques. ». C'est à peu près ce qu'on dit les Allemands en massacrant le village d'Oradour-sur-Glane.

Montagnac, toujours lui, le colonel : « voilà comment il faut faire la guerre aux Arabes : tuer tous les hommes jusqu'à l'âge de 15 ans. Prendre toutes les femmes et les enfants. Vous me demandez ce que nous faisons des femmes que nous prenons ? On en garde quelques-unes comme otages, les autres sont échangées contre des chevaux, et le reste est vendu à l'enchère comme bête de somme ». Toujours au nom de la civilisation.

« Nous rapportons un plein baril d'oreilles récoltées paire a paire sur les prisonniers. Il contient même il contient même celle d'un de nos 58 gendarmes morts d'une maladie, de pièces de cent sous ne sont pas à dédaigner ».

Le Maréchal Soult ministre de la guerre, répondant à des questions à la chambre des députés : « En Europe un tel acte serait horrible et détestable, en Afrique c'est la guerre même ».

C'est la guerre même, c'est du moins ce que dit le ministre français. Mais en face voici un décret pris par l'émir des Arabes, l'émir Abdelkader : « Tout arabe qui amènera vivant un soldat français recevra pour récompense la somme de huit douros. Tout arabe qui aura un Français en sa possession sera tenu de le bien traités et de le conduire le plus promptement possible soit devant le califat, soit devant l'émir lui-même. Dans le cas où le prisonnier aurait à se plaindre de mauvais traitements, l'arabe n'aura droit à aucune récompense. ».

A la lecture de ce décret, question d'un soldat algérien « Quelle récompense pour un prisonnier vivant ? » L'émir répond "8 douros". "Et pour une tête coupée ?" L'émir répond "25 coups de bâton sur la plante des pieds".

De quel côté était la civilisation ?

René Vautier : « J'ai donc fait ce film, avec les citations, des dessins et gravures qui étaient à la Bibliothèque nationale à Paris et j'ai proposé le film à la ligue de l'enseignement, pour qu'il soit projeté dans les lycées et collèges de France et de Navarre. La ligue de l'enseignement l'a refusé avec cette appréciation : « quoi que très correctement réalisé et basé sur des documents indiscutables, ce film va à l'encontre de toutes les idées qui servent de base à l'enseignement de la pénétration française en Afrique du Nord, ce qui rend sa diffusion impossible ».

C'était reconnaître que l'enseignement n'avait pas pour but l'éducation. C'est-à-dire l'ouverture vers les réalités, mais l'endoctrinement au service d'une idée politique. Ici le colonialisme

mardi 1 mars 2016




Michel Cialdella
6, rue Joseph Bertoin
38600 Fontaine.
michel.cialdella@orange.fr

 Fontaine, le 1er mars 2016

À Monsieur Manuel Valls
Premier Ministre.

http://www.gouvernement.fr/contact/ecrire-au-premier-ministre


Ces quelques mots en réaction à votre intention de lever un certain nombre d'incompréhensions, expliquer, répondre à toute une série de fausses des informations qui sont données sur ce texte. Il s'agit, vous l'aurait compris, du projet dit loi El Khomri visant à massacrer l'actuel Code du travail.

Je voudrais vous rassurer, dans notre pays la classe ouvrière sait lire grâce à l'école laïque publique qui fût gratuite. Nous n'avons nul besoin d'explication de texte. Dans la logique de toutes les mesures prises depuis le début de ce quinquennat, cette réforme a pour seul but la baisse des salaires. Nous ouvriers qui depuis des générations avons, par nos luttes, contribué à construire des protections pour les travailleurs nous n'avons pas besoin des explications de personnes qui n'ont jamais mis les pieds dans une usine, autrement que pour la visiter.

Au nom de la modernité, vous voulez faire reculer d'un siècle les conditions de vie du monde du travail. Nous ne partageons pas cette conception de la modernité. Cette année nous célébrerons les 80 ans des grandes conquêtes de 1936, que les ouvriers par des grèves massives avec occupations d'usines ont obtenu. Notez bien que je ne parle pas de célébrer le Front populaire, car les socialistes de l'époque n'avaient pas les congés payés, les 40 heures hebdomadaires dans leur programme.

Malgré vos déclarations péremptoires, la jeunesse sera dans la rue le 9 mars, et, ouvrier à la retraite, je serai avec eux, car je ne veux pas laisser à mes petits-enfants une France mutilée par votre politique.

Alors s'il vous plaît ne nous expliquer rien, mais retirez cette loi tout de suite, car de toute façon le peuple de France vous obligera à le faire.

« Parfois dans insurrection, il y a résurrection ». Victor Hugo.

Michel Cialdella

vendredi 5 février 2016

La Sécu toujours d'actualité



Au congrès de l'Union locale CGT de Grenoble, le 5 février 2016, il a été question de la Sécurité sociale ...


Mon intervention.
A l'occasion du 70e anniversaire de la Sécurité sociale, il faut rappeler que l’Histoire ne sert pas à célébrer le passé mais à écrire l’avenir. Il est indispensable de garder la connaissance du passé, pour analyser correctement le présent, ses contradictions, ses potentialités.
La sécurité sociale est née de la volonté du Conseil National de la Résistance dont le programme doit beaucoup à la CGT. Sait-on aujourd'hui que le principal rédacteur de ce programme est le communiste Pierre Villon, résistant de la première heure.
Ce programme est adopté à l'unanimité le 15 mars 1944. Ce qui peut laisser croire à un consensus. Mais son application est le résultat d'une lutte de classes acharnée. C'est un rapport des forces favorable aux travailleurs qui en a permis une réalisation partielle.
Qui peut croire que c'est la droite qui revendiquait :
l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie.
le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruits du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques.
le droit d'accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie.
la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale.(1)
Ce programme prévoit : « Un plan complet de sécurité sociale, ... avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État ».
Il restait à construire l'organisme. Ambroise Croizat, ne part pas de rien puisque dès avril 1944, à Alger, il impulse un groupe de travail de l'assemblée consultative provisoire. (2).
C'est un rapport présenté par Georges Buisson militant CGT, qui constituera la base des ordonnances. Il est adopté par l'assemblée consultative provisoire le 24 juillet 1945, par 190 voix pour, et une voix contre. Mais il y a 84 abstentions le MRP, la CFTC et quelques radicaux. Ce qui invalide la thèse du consensus.
De Gaulle ne signe pas les ordonnances du 4 et du 19 octobre 1945. Il est à Moscou ce jour-là.
Le 21 octobre 1945, le PCF obtient 26,2 % et 159 députés à l'élection de l'assemblée constituante (3) et devient le premier parti de France. La gauche est majoritaire avec 60% des voix.
De 1945 à 1947, la CGT voit le nombre de ses adhérents passer de 4 à 6 millions. (4).
Au-delà des chiffres cette dynamique crée un rapport de force favorable aux travailleurs. Il faut le rappeler, au moment où certains tentent de nous faire oublier l'utilité des luttes sociales, et criminalisent l'action syndicale.
Pierre Laroque, s'il n'est pas le père de la Sécu, a mis en forme juridique les travaux de la commission sociale, mais ainsi que l'indique le chercheur américain Henry Galant dans son mémoire : « les défenseurs les plus actifs du nouveau plan de sécurité sociale et de son application étaient les communistes et la CGT... qui était de loin le syndicat le plus puissant. ». (5)
C'est dans ce contexte que le 22 novembre 1945, Ambroise Croizat secrétaire général de la fédération CGT de la métallurgie, devient ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Il est chargé de mettre en place ce grand organisme (6). Pour cela, il organise des centaines de réunions avec les travailleurs (7).
La droite ne renonce pas.
Le 22 décembre 1945, soit 79 jours après la publication des ordonnances, le MRP présente une proposition de loi (5), qui a pour objet de modifier l'ordonnance du 4 octobre 1945.
De Gaulle démissionne du gouvernement le 20 janvier 1946, et dès mars 1948, dans son discours de Compiègne, met l’accent, sur la nécessité de réduire les dépenses sociales : « de manière durable et effective ; cela comporte, en effet, la suppression de services entiers, la mise en ordre radicale des entreprises nationalisées, la réforme profonde du fonctionnement des assurances sociales… » (8) . Voilà, pour l'apport de Gaulle à la Sécu, qu'il appellera toujours "les assurances sociales".
Tout au long de ces 70 années, les attaques contre la sécurité sociale n'ont pas cessé. Au prétexte d'un déficit que gouvernement et patronat ont eux-mêmes organisé.
La Sécu n'est pas un commerce, mais un formidable moyen de permettre l'accès de tous aux soins de qualité, à la retraite, et aux allocations familiales. En 1945, dans une France dévastée, Croizat fait passer la cotisation de 16% à 32 %. Il triple les allocations qui sont indexées sur les salaires, et qui représentent alors la moitié du salaire des familles populaires. Et personne n'en est mort !
Les néolibéraux lorsqu'ils évoquent la Sécu, ne veulent voir qu'un "trou abyssal". Ils comptent pour peu de chose les millions de personnes qui ont pu, grâce à la Sécurité sociale, être soignées, avoir la vie sauve, et puissent finir leur vie dans la dignité. Même si il reste beaucoup à faire dans ce domaine.
La gestion.
Pendant les 15 premières années (1945 - 1960), les ouvriers, avec la CGT majoritaire, disposaient des 3/4 des sièges, ont géré les caisses de Sécurité sociale. Montrant ainsi la capacité de la classe ouvrière à gérer un budget à l'époque, supérieur à celui de l'Etat. Ce qui est insupportable au patronat et à ses soutiens. En conséquence, dès 1960, le gouvernement De Gaulle organise par décret, la mainmise de l'État (11).
La propriété.
Pierre Laroque, s'il n'est pas le père de la Sécu, avait bien compris l'objectif et déclarait en 1946 : « Nous voulons que demain, les travailleurs considèrent que les institutions de Sécurité sociale sont des institutions à eux, gérées par eux et où ils sont chez eux ».
La Sécurité sociale française est un organisme de droit privé, exerçant une mission de service public. Elle n'a ni actionnaires ni PDG. Elle est une propriété sociale. Elle est la démonstration que nous pouvons nous passer des patrons, et de l'épargne. Les gouvernements qui doivent exercer une garantie et un contrôle a posteriori n'ont pas de légitimité pour la détruire.
On nous parle souvent de la dette que nous laisserions à nos enfants. Thème sur lequel il y aurait beaucoup à dire !
Dans un important ouvrage, l'anthropologue et économiste américain David Graeber écrit :
"Depuis des millénaires, les violents disent à leurs victimes qu'elles leur doivent quelque chose. Au minimum, elles "leur doivent la vie", puisqu'ils ne les ont pas tuées". (10). Il est aujourd'hui interdit d'enseignement aux Etats Unis, il a du s'expatrier en Angleterre.
Nous avons le devoir de transmettre à nos enfants une Sécurité sociale encore plus performante que celle que nos anciens nous ont léguée. Avec la cotisation sociale, elle est d'une grande modernité. Ce qui devrait nous inciter à continuer l'œuvre de ses fondateurs. En faisant plus et mieux dans une France dont la richesse monétaire a été multipliée par 7,54 en valeur, entre 1949 et 2014. (INSEE).
La Sécurité sociale est un enjeu de classe. Seule la lutte consciente des salariés permettra que le 70e anniversaire soit celui de sa reconquête.
Michel Cialdella
Bibliographie.
1. Extrait du programme du Conseil National de la Résistance.
2. Ambroise Croizat ou l'invention sociale. Michel Etiévent. Editions GAP - 2012
3. L'archipel communiste - Une histoire électorale du PCF - Roger Martelli - Editions sociales - 2008.
4. La CGT de la Libération à la scission de 1944 à 1947 - Annie Lacroix-Riz - Editions sociales - 1983.
5. Histoires politiques de la sécurité sociale française. 1945-1952. Henry C. Galant. Comité d'histoire de la sécurité sociale. Édition 2005
6. Un siècle de réformes sociales. Une histoire du ministère du Travail. 1906-2006. La documentation française. Octobre 2006.
7. Pierre Villon, résistant de la première heure. Pierre Villon, membre fondateur du conseil national de la résistance s'entretient avec Claude Willard. Éditions sociales. 1983.
8. Traité de Sécurité Sociale : le droit de la Sécurité sociale. Yves Saint-Jours ; L.G.D.J. 1984.
9. Décret n° 60-452 du 12 mai 1960 relatif à l'organisation et au fonctionnement de la Sécurité sociale.
10. DETTE 5000 ans d'Histoire - David Graeber - Les Liens qui Libèrent - 2013.

mercredi 27 janvier 2016

La lutte des classes ça existe !



Dans l'humanité du 27 janvier Bernard Friot rappelle que "nous avons célébré le 30e anniversaire de ses lois funestes avec faste et fait d'Auroux un homme de gauche. C'est dire combien nous avons perdu la boussole. C'est trop facile de diaboliser valse tout en cherchant alliance avec celles et ceux qui ont toujours promu ou accompagné une réforme du droit du travail qui vient de loin. Dénoncer la trahison de Hollande cache une profonde dérive à laquelle notre parti a participé dans les gouvernements Mauroy et Jospin, et qu'il n'a pas su contrer lorsqu'il était dans l'opposition faute d'un projet alternatif à celui du capital s'appuyant sur les conquêtes de 1945, en particulier le régime général de sécurité sociale et le statut de la fonction publique, pour les généraliser à tous les travailleurs et à toute la production.

À titre d'exemple avant les lois Auroux la création d'un comité d'entreprise par l'employeur était obligatoire à partir de 50 salariés. Avec les lois Auroux à partir de 50 salariés, ceux-ci avaient le droit de créer un comité d'entreprise. Ce qui est fondamentalement différent.

Les plus anciens d'entre nous se souviennent que Auroux avait dépêché auprès du patronat un membre de son cabinet pour expliquer au CNPF comment il pouvait utiliser ces lois. Pire, les inspecteurs du travail avaient reçu une lettre du ministère du travail les incitant à « foutre la paix patronat ». Dans ces fameuses lois il y avait « le droit d'expression des salariés » qui est à la démocratie ce que le dialogue social est à la négociation !

Alors plutôt que de s'inquiéter sur une éventuelle candidature communiste à la présidentielle, élection antidémocratique par nature, mais tâchons de convaincre les salariés : n'attendez rien d'un homme providentiel mais tout de votre engagement conscient sur des positions de lutte de classes.

Il y a quelque temps déjà le milliardaire américain Warren Buffett déclarait « La guerre des classes existe, c'est un fait, mais c'est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter ». Ne nous voilons pas la face, cette guerre existe. Mais faisons le mentir, c'est nous qui allons la gagner ! Mais pour cela il faut appeler au combat de classe et non pas « dialogue social ».

 

 

dimanche 17 janvier 2016

Vous avez-dit "Vainqueur" ?


 

Voici ce qu'écrit Henri Guillemin à propos du pseudo vainqueur de Verdun (1) :


… Par deux fois, en 1916, Pétain conseilla l'abandon de la rive droite de la Meuse ; par deux fois Joffre fut obligé de lui interdire ce repli désastreux. On comprend mieux alors ces lignes trop ignorées mais catégoriques du Maréchal Joffre dans ses mémoires (tome deux, page 269) : si l'histoire me reconnaît le droit de juger les généraux qui opèrent sous mes ordres, je tiens à affirmer que le vrai sauveur de Verdun fut Nivelle.

… 1918 maintenant. Pétain est entièrement opposé à toute stratégie offensive. Il n'en fait pas mystère. Ces dispositions sont connues de l'ennemi, lequel a pu ainsi, l'année précédente, liquider en toute tranquillité la Russie, en finir avec la Roumanie et asséner à l'Italie le coup de Caporetto. Au début de cette année 1918, on voit le général Pétain s'employer de toute son énergie à contrecarrer les desseins offensifs de Foch ...

… Le 31 mai suivant, l'attaque de champagne n'ayant pas donné les résultats qu'on en attendait, Pétain, de sa propre initiative, prescrit un recul ; il est prêt à laisser à l'ennemi Verdun, la Lorraine, Nancy, la ligne des Vosges ; il fait donner par Franchet d'Espérey l'ordre d'évacuer Reims, ordre que Foch, de nouveau, devra annuler, et auquel du reste le général Micheler a refusé d'obéir.

...Les Allemands attaquent. « Pétain, écrit le général Tournès dans l'histoire de la guerre mondiale (tome quatre, page 173), concède aussitôt la victoire à l'adversaire ». Le même jour, en effet, 15 juillet 1918, à 10 heures, malgré les instructions formelles de Foch interdisant de modifier la répartition des réserves en vue de l'opération offensive qu'il méditait, Pétain donne à Fayolle l'ordre d'arrêter la préparation de l'entreprise. Et encore une fois Foch doit réparer cette intervention déplorable.

Voilà pour ce personnage que d'aucuns continuent d'appeler le héros de Verdun auquel le Front National ne manque pas de rendre hommage.

Pétain « chef suprême de la cagoule » (2) est jugé en 1945 pour intelligence avec l'ennemi et haute trahison par la Haute Cour de justice, il est condamné à la peine de mort. Sa peine est commuée en emprisonnement à perpétuité par le général de Gaulle. Il meurt en détention sur l’île d’Yeu, où il est ensuite inhumé.

1 -La vérité sur l'affaire Pétain. Henri Guillemin. ÉditionsUtovie - 2012.
2 - De Munich à Vichy. Annie Lacroix-Riz - éditions Armand Colin. 2008.