dimanche 19 mai 2019



Commémoration Polotti – Lenoir

Vendredi 17 mai 2019

Intervention d’Isabelle Peters pour la Fédération de l’Isère du PCF.

Et quelques ajouts de Michel Cialdella

Le 17 mai 1944, il y a 75 ans, deux chefs de l’Etat-major départemental des FTPF, Antoine Polotti, dit George dans la Résistance et Marco Lipzyck, dit le commandant Lenoir, se rendaient à une importante réunion clandestine à Fontaine quand brusquement des membres de la Gestapo armés jusqu’aux dents leur tombèrent dessus. Une fusillade éclata et Antoine Polotti décéda. Marco Lipzyck fut blessé, arrêté puis fusillé avec d’autres résistants, le 21 juillet 1944 au ravin de l’Ecureuil à Seyssinet-Pariset.



Nos camarades Polotti et Lenoir, qui n’était pas français d’origine, combattaient pour la Patrie contre le fascisme. Ils ont montré courageusement, héroïquement, à bien des Français où étaient leurs devoirs. Ils voulaient vivre dans un monde où les différences ne seraient plus un obstacle mais un enrichissement. Ils avaient fait le choix de mettre leur vie en péril, pour cette idée de la France et de l’humanité que les communistes partageaient en une époque où une partie de la France applaudissait Pétain. C’est au nom de leurs idéaux, conscients de leur objectif qu’ils sont morts.

Ils assumaient d’importantes responsabilités au Parti Communiste Français et leur histoire témoigne, du rôle joué par les communistes dès le début de l’occupation allemande, lorsque le PCF avait été interdit et que ses militants et ses dirigeants étaient emprisonnés (notamment au fort Barreaux en Isère) bien avant même le début de la guerre.

Ils n’acceptèrent jamais la défaite, l’occupation des forces nazies, la trahison pétainiste, la collaboration. Pour eux la liberté des peuples et la paix étaient indissociable de la démocratie et de la justice sociale.

 Se souvenir, se souvenir toujours.

Se souvenir de la barbarie, de la haine de l’autre, de l’oppression. De ce qu’était le gouvernement pétainiste. Karl Marx disait « Un peuple qui ne connaît pas son histoire est condamné à la revivre ». À 9 jours des élections européennes, cette citation me semble plus que jamais d’actualité. Déjà plusieurs pays (européens ou à travers le monde) ont basculé dans l’obscurantisme porté par des partis d’extrême droite. Ces partis qui ont choisi la classe du capital cherchent l’accession à tous les pouvoirs. Et un groupe suffisamment fort au Parlement européen serait une catastrophe pour la liberté, pour la démocratie, pour la justice sociale des peuples.

Se souvenir du combat sans relâche des femmes et des hommes qui formèrent la Résistance, et qui, pour beaucoup y ont laissé la vie pour que nous puissions faire vivre notre devise, héritage de la Révolution française «  Liberté, Egalité, Fraternité ».

Se souvenir, que dans une France occupée et ruinée, des hommes ont imaginé une société meilleure protectrice et égalitaire, en construisant au péril de leur vie, le programme du Conseil National de la Résistance dans lequel le parti communiste joua un rôle déterminant.

Qui peut croire que la droite était pour :

-          l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie.

-          Le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée… les compagnies d’assurances et des grandes banques. (C’est Jacques Duclos lui-même qui rédige la formulation qui sera plus tard adoptée). (1)

-          La participation des travailleurs à la direction de l’économie.

-          Un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs…etc.

Ce programme prévoyait : « Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

Pierre Villon, communiste, résistant de la 1re heure est le principal rédacteur de ce programme. Il rappelle dans un livre d’entretiens avec Claude Willard : « Le programme du CNR, adopté… en mars 1944, reprend dans sa première partie presque intégralement notre projet et, dans la 2e partie introduit quelques modifications dues notamment au représentant de la CGT, Louis Saillant, et y ajoute des bribes du texte de Laffon. (1)

La journée du 27 mai, journée nationale de la Résistance, rappelle désormais chaque année la dette que nous avons envers les résistantes et les résistants qui contribuèrent au côté des forces alliées (notamment de l’URSS qui avec ses 26 millions de morts paya le prix fort) à la libération de la France et de l’Europe du nazisme et du fascisme. Elle rappelle aussi l’importance de la mémoire collective et la nécessité de faire vivre les valeurs portées par la Résistance.

Se souvenir toujours.

À l’heure où certaines et certains cherchent à banaliser les idées nauséabondes de l’extrême droite. À l’heure où la tenue de conférences ou de soi-disant spectacles par des personnages comme Soral ou Dieudonné, émanant d’un mouvement d’extrême droite, prônant la haine, ne semblent plus autant émouvoir les foules qu’il y a quelques années. A l’heure où la représentante des « patriotes » à Grenoble, ose commémorer la mémoire des résistantes et des résistants. À l’heure où des tags néonazis antisémites faisant appel au maréchal Pétain sont apposées sur les murs de nos villes ou des locaux des sections du Parti Communiste comme à Vienne.

Le Parti Communiste Français et sa fédération de l’Isère ne cesseront de combattre le fascisme, le racisme, la xénophobie et la haine de l’autre. Nous affirmons et réaffirmerons toujours notre attachement aux valeurs humanistes, de paix et de diversité qui fonde notre République.




Le parti communiste français.

À la Libération, on a parlé du « parti des 75 000 fusillés », concernant le parti communiste français, la formule n’est pas exacte dans sa forme. Écoutons Georgette ELGEY dans La République des illusions (éditions Fayard), qui rappelle, mais avec beaucoup d’objectivité : s’il ne semble pas exact que le PCF compte 75 000 fusillés, il est, hélas vraisemblable que 75 000 de ses membres sont morts du fait de l’occupation nazie.

Le grand écrivain Joseph Kessel qui rejoindra l’Angleterre, parlera en termes émouvants de la lutte des communistes dans son livre L’armée des ombres (éditions Plon) : nous sommes tous concernés dans la même bataille et ce sont les communistes sur qui l’ennemi s’acharne en premier lieu, nous le savons. Et nous savons qu’ils sont aussi braves que les plus braves et mieux organisésJe ne connais pas, dans la résistance, un homme qui ne parle des communistes, une expression spéciale dans la voix et le visage. Une expression plus sérieuse.

Parlant des fusillés, il ajoute : Les francs-tireurs forment une véritable armée. La densité des cadavres allemands, est devenue telle que l’ennemi a dû renoncer au système des otages. Il ne peut continuer à aligner cent morts français pour un mort allemand, où il lui faudrait assassiner la France entière. L’ennemi a reconnu ainsi, comme publiquement, que le pays était au-dessus de la terreur.

Non, le « parti des 75 000 fusillés », au-delà de la formule, n’est pas une légende, n’en déplaise à ceux qui veulent faire croire le contraire, les mêmes ou les descendants de ceux qui disaient à l’époque « Plutôt Hitler que le Front populaire », ces 75 000 morts sont difficiles à effacer !

Hommage à ces communistes qui ont combattu l’oppression fasciste, qui ont lutté contre le nazisme dans la nuit de l’occupation allemande, sous un gouvernement de collaborateurs, vendue à l’occupant, ils sont morts pour la France, la liberté et la démocratie. Hommage aussi, aux milliers de communistes déportés, internés, emprisonnés et qui sont revenus marqués dans leur chair et leur esprit.

Hommage à tous les communistes qui se sont battus les armes à la main dans les pires conditions de l’occupation pour chasser l’envahisseur nazi.

****

À ceux qui prétendent que le parti communiste a tardé à entrer en résistance rappelons quelques faits :

-          le 26 août 1939, le gouvernement Daladier décrète l’interdiction des journaux communistes, prenant prétexte du refus du PCF de désavouer le pacte de non-agression germano - soviétique !

-          L’Humanité du 26 août 1939 titre : « UNION DE LA NATION FRANCAISE CONTRE L’AGRESSEUR HITLERIEN».

-          Par décret, le gouvernement Daladier interdit le PCF le 26 septembre 1939, le parti communiste entre dans la clandestinité. N’oublions pas que ce même jour l’ancien président du conseil sous le Front populaire le socialiste Léon Blum déclare : la dissolution du parti communiste est légitime et naturelle. La répression est immédiate et d’une grande ampleur, les municipalités communistes sont dissoutes et les élus arrêtés et jugés comme de véritables malfaiteurs.

-          Le député socialiste Georges Barthélémy, après la déchéance des députés communistes, voté par la chambre le 26 janvier 1940 qui réclame le couperet de la guillotine.

-          François Chasseigne, député socialiste, exige leurs exécutions sommaires sans autre forme de procès… le coup de pistolet dans la nuque.

-          Le 8 avril 1940, Albert Sérol, ministre socialiste de la justice, institue la peine de mort contre les militants coupables de propagande communiste. C’est cet homme-là qui, plus tard, après la défaite, sous l’occupation nazie, surmontera dans la plus ignoble collaboration avec l’ennemi.

-          L’Humanité clandestine du 20 mai 1940 titre : C’EST LE FASCISME.

-          Le parti communiste avait commencé à récupérer des armes dès avril 1940.

-          L’appel de Charles Tillon responsable du parti communiste de la région de Bordeaux le 17 juin 1940 (la veille de l’appel du Général de Gaulle) : « ils ont (les gouvernements bourgeois) abandonnée à Hitler et à Mussolini l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie… et maintenant, il livre la France. Ils ont tout trahi…mais le peuple français ne veut pas de l’esclavage, de la misère du fascisme… Il est le nombre, unique il sera la force… peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, partisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l’action.

-          En août 1940 dans le Limousin, Georges Guingoin appelle au combat contre l’occupant et Vichy.

-          Le 19 octobre 1940 (jour de ma naissance (2), un groupe du PCF pousse dans l’Oise trois soldats allemand. (3)

                                                                                 ****              

1)       Pierre Villon résistant de la première heure. Livre d’entretien avec Claude Willard. Ed. Sociales – 1983

2)       Michel Cialdella

3)       La Résistance communiste en FranceLe Mémorial – Pierre Maury – Le temps des cerises – 2008


vendredi 17 mai 2019

Heenri Pena-Ruiz Soutien à Ian Brossat et à la liste du Parti Communiste Français


Soutien à Ian Brossat et à la liste du Parti Communiste Français



           Ian Brossat fait honneur à la politique et au communisme. Il mène brillamment campagne en faisant le pari de l'intelligence et de la culture. Dans "communisme" il y a commun. Commun à tous les êtres humains. Au-delà des amalgames injustes qui ont tenté de disqualifier l'idéal communiste, il est grand temps de rappeler ce sens du bien commun, de l'intérêt général, et de la solidarité qu'implique la notion de communisme. Souvenons-nous du Front Populaire, puis dans la résistance au nazisme, puis de la Libération, avec l'œuvre inoubliable d'Ambroise Croizat, ministre communiste qui créa la Sécurité Sociale. Oui, le Parti Communiste Français a joué un rôle décisif pour promouvoir le progrès social. Aujourd'hui, face à la morgue de classe de M. Macron, et à sa politique dévastatrice pour les plus démunis, il nous faut un Parti communiste fier de son histoire, et décidé à jouer un rôle moteur dans le rassemblement des forces de progrès.

           Karl Marx disait que la classe ouvrière est une classe universelle, en ce sens qu'en se libérant de l'exploitation capitaliste elle libère l'humanité tout entière. Transposé à l'âge de la mondialisation capitaliste, et appliquée à tous ceux qui ont à lutter contre l'injustice sociale, ce propos est d'une vive actualité. Y compris à l'échelle de l'Europe, enchainée naguère par Jean Monnet au capitalisme et à l'atlantisme pro-américain, et qui n'est qu'une caricature de la belle idée européenne telle que l'a rêvée Victor Hugo. Le poète voulait une Europe du progrès culturel et humain, non une Europe de la concurrence libre et non faussée, qui fait du social un résidu facultatif. Le sens de la justice sociale ne doit pas se réduire au supplément d'âme d'un monde sans âme.

           Au parlement européen les élus communistes ne manqueront pas de combattre une économie dévoyée par des financiers indifférents au sort des laissés pour compte. Il est temps de refonder l'Europe sur la justice sociale et la responsabilité écologique, sans oublier la laïcité, idéal d'émancipation plus actuel que jamais. Je souhaite un beau succès à Ian Brossat et à sa liste, pour que la France de notre regretté Jean Ferrat parle haut et fort à Bruxelles.




Henri Pena-Ruiz

Philosophe, écrivain, maître de conférences à Sciences-Po Paris.


dimanche 21 avril 2019

Et si le royaliste de service arrêtait de « berner » les gens ?


Et si le royaliste de service arrêtait de « berner » les gens ?

Il ne faudrait pas opposer les pierres aux humains ! D’abord cela dépend de quelles pierres ! Je ne suis pas sûr qu’il dirait la même chose s’il s’agissait de monument à la gloire de la Révolution française. Lorsqu’il a fallu trouver des fonds pour éviter que des écrits de Robespierre ne partent à l’étranger on n’a pas vu les mécènes. Ils ont l’amour de l’histoire sélectif. N’en déplaise à ce pseudo historien je préfèrerait toujours les humains aux pierres (même historique).

Quant aux dons, ils seraient privés…. Mais depuis quand ces « mécènes » transpirent le pognon de dingue qu’en suite ils « optimisent fiscalement » ? C’est du pognon issu de l’exploitation capitaliste. Et il serait logique que les plus démunis en bénéficient.

Et puis qu’est-ce que sait que cette histoire : Notre Dame de Paris qui serait « l’âme de la France » ?

C’est une partie de notre histoire et surtout de l’histoire du christianisme. Mais la France est le résultat de la Révolution Française et des droits de l’Homme aujourd’hui malmené, de la Commune, de la Résistance, des luttes sociales, de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, des grands écrivains Hugo, Zola, Aragon et tant d’autres des grands musiciens, des travailleurs immigrés qui ont participé à la reconstruction de la France après la guerre.

Considérer comme central un monument religieux (même un chef d’œuvre) est fortement réducteur et irrespectueux des athées pourtant majoritaire en France.
Michel Cialdella





Un texte intéressant de Jacques Cotta


canempechepasnicolas.over-blog.com/2019/04/mais-comment-l-incendie-de-notre-dame-a-t-il-ete-possible.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

vendredi 19 avril 2019

Jamais Quasimodo ne mourra


MA ChRONique de l’extrême centre. par Pierre Serna

L’Humanité du Vendredi, 19 Avril, 2019


Jamais Quasimodo ne mourra

Message de ma fille attristée. « Quasimodo va mourir dans les flammes », en souvenir des lectures interminables de Notre-Dame, chaque soir, durant de longs mois. « Non, Lou, ce que les hommes ont construit, aucun dieu, même celui du feu, si tant est que le ciel ne soit pas vide, ne peut le détruire. » Vulcain, maître de l’incendie en personne, ne peut rien contre le labeur des humains. Ce n’est pas une église qui a brûlé. Ce sont des millions d’heures de travail, d’innombrables journées de sueur, de sang, de larmes, des centaines d’accidents du travail, des dizaines de morts sur le chantier qui dura plusieurs dizaines d’années, voire des centaines avec les restaurations, qui sont partis en fumée. Mais la vie est plus forte. Pitié. Que l’on nous épargne la résilience conservatrice et rance d’une reconstruction à l’identique. Que l’on donne leur chance à de jeunes artisans, à de jeunes architectes, à de jeunes ingénieur-e-s d’inventer et d’imaginer, avec des moyens réduits mais suffisants, une cathédrale pour le XXIe siècle, une cathédrale de verre, de lumière, à l’image de l’opération de transparence que doit opérer l’église pour se réconcilier avec le monde terrestre, et non la reproduction stérile d’un monument sombre du Moyen Âge. Et qu’avec l’argent que les milliardaires mettent sur la table, pour montrer qui sera le plus généreux, on aide Mayotte, parmi tant d’autres endroits au monde qui en ont tant besoin, Mayotte d’où est revenu le ministre de l’Intérieur en catastrophe, interrompant sa visite pour se montrer à Paris. Où le sans-culotte palestinien, comme on appelait Jésus en 1793, aurait-il voulu que cet argent soit dépensé ? Pour les pauvres ou pour rebâtir une machine à faire fantasmer les touristes du monde entier ? Pour les marchands du temple ou pour tous les SDF et précaires du monde entier ? Pour un projet inventif d’une nouvelle bâtisse peut-être, pour les personnes qui ont besoin de croire. Sûrement aussi pour la cathédrale vivante qu’est chaque migrant, chaque migrante balancée en Méditerranée, pour toutes les Esmeralda d’Afrique qui ne danseront jamais sur le parvis, avalées par la Grande Bleue. Non, Lou, les photos que nous avons du travail de Viollet-le-Duc, la cathédrale de papier qu’a édifiée Victor Hugo, les pierres montées une à une par des milliers de travailleurs anonymes et qui ont résisté aux flammes sont immortelles. Endors-toi tranquille, Lou, l’homme du peuple, l’affreux, le sale, et tellement bon et bien-aimé Quasimodo ne sera jamais acheté, ne sera jamais vendu et ne mourra jamais 


samedi 13 avril 2019

De l’eau chaude à la patate bouillante




Ma chronique de l’extrême centre.
De l’eau chaude à la patate bouillante

Vendredi, 12 Avril, 2019


Nos ami.e.s d’Italie ont une savoureuse expression pour décrire une banalité dite avec la certitude d’avoir découvert la Lune : « l’invention de l’eau chaude. » On peut attribuer cette expression à Édouard Philippe, qui vient de se rendre compte que les Français.e.s veulent payer moins d’impôts. Ou, plutôt, il manipule leurs doléances, peu nombreuses (si l’on compare aux 60 000 cahiers de 1789), pour transformer leurs propos. Depuis que l’État s’est réellement construit, sous le règne de François Ier, au XVIe siècle, il a toujours imposé davantage ses sujets contribuables pour mener à bien ses guerres, distribuer ses prébendes. Après 1789, l’impôt se transforme en contribution, mais est demeuré impopulaire, voire source de révoltes. Pourtant, c’est l’impôt qui finance l’école, la santé, les infrastructures collectives, les transports publics...

Affirmer que les Français.e.s veulent payer moins d’impôts relève soit de la lapalissade la plus affligeante, soit du calcul politicien et cynique le plus froid. Ils ont tout simplement exprimé que l’impôt est injuste. Ils réclament la solidarité entre les citoyen.ne.s. Ils désirent que les contribuables les plus riches paient leurs impôts à hauteur de leur fortune, que l’ISF soit rétabli et que flat tax et Cice soient supprimés. Ils veulent d’autant moins réduire les impôts globalement qu’ils revendiquent, de façon cohérente, que les acquis de la politique sociale de la santé soient maintenus, que l’école républicaine et facteur d’ascension sociale soit une priorité. Édouard Philippe transforme ce message et le tord dans son sens ultralibéral. Il tronque le sens de la demande des citoyen.ne.s pour désengager l’État de ses fonctions régaliennes et de ses responsabilités de défense du bien général et de la richesse commune, pour que les mieux nanti.e.s paient moins d’impôts. Voilà ce qu’il faut entendre de la conclusion hâtive et faussement banale du premier ministre. Mais, à prendre les Français.e.s pour des innocent.e.s ébahi.e.s par l’invention de l’eau chaude, il court le risque de devoir jongler avec la patate bouillante de la colère de citoyen.ne.s qui, en plus d’être durement traité.e.s par une politique fiscale injuste, se voient traité.e.s comme des spectateurs à la foire à qui on ferait prendre des vessies pour des lanternes.

Par Pierre Serna

vendredi 12 avril 2019

Halte au démentèlement de la CPAM




La Sécu vous appartient.

Un document de la CPAM de l'Isère des années 1990 que l'actuelle directrice n'a sûrement pas lu.



lundi 8 avril 2019


Crépuscule






ESSAI – Quel point commun entre Xavier Niel, Bernard Arnault et Arnaud Lagardère ? Les médias ? Pas tout à fait. Leurs fortunes respectives ? C’est trivial. Non, le point d’intersection de ces trois puissances économiques n’est autre qu’Emmanuel Macron. Dans un livre tonitruant, Juan Branco remonte aux origines de la Macronie, son élaboration — sur un modèle oligarchique démontré.



Voici l’histoire d’un livre qui ne trouvait aucune maison d’édition pour le prendre sous son aile : « Soit elles ont eu la trouille, soit on leur a dit de ne pas le faire », pourrait-on comprendre. Il aura fallu une dose de courage, autant que de relectures méticuleuses, pour que Crépuscule voit le jour — ou ne laisse la nuit venir…
 

Je cherchais des grands hommes, et je n'ai trouvé que des hommes singeant leur idéal” - Nietzsche


Au Diable Vauvert, la directrice Marion Mazauric insiste : « C’est pour l’honneur de l’édition française : on ne pouvait pas laisser un tel texte impublié. » Cette forme d’interdit tacite fut la première motivation. La seconde, immédiate, c’est l’ouvrage lui-même. Diffusé depuis novembre dernier sur internet, le texte de Juan Branco incarne la définition même du brûlot. Un écrit qui, au-delà de la polémique dans le cas présent, provoque des dégâts, considérables.

Et cependant moindres que les dégâts qu’il constate.

Entre le fichier originellement diffusé — et toujours accessible, raison pour laquelle la maison n’a pas souhaité produire de format numérique pour ce texte — un travail de construction et de sourcing colossal est venu compléter « un texte initial déjà phénoménal », insiste l’éditrice.

L’ouvrage est incendiaire, aucune strate de la société du Petit-Paris n’est épargnée. Et à quelle fin ? Celle d’expliquer l’histoire par laquelle Emmanuel Macron a accédé à l’Élysée. Tout commencerait presque avec un SMS que ce dernier passa à Xavier Niel, fondateur de Free, alors que l’auteur déjeunait avec lui. « Le futur président de la République », présente alors Niel en exhibant son smartphone à Branco. Nous sommes en octobre 2014. D’où pouvait donc lui venir pareille assurance ?
 

« La légende aura voulu qu’un gentilhomme de province, projeté sans le sou dans Paris, se soit dévoué au bien commun à la suite de brillantes études, avant d’être propulsé aux plus hautes responsabilités de l’État, sans jamais être compromis », écrit Branco. Une histoire que l’on connaît, celle que les médias ont abondamment racontée. Mais Juan Branco en sait une de plus que le diable : cette ascension, « [s]'agirait-il en somme, dès le départ, d’une fabrication » ? Quoi de plus balzacien, d'ailleurs : le peuple français a tant entendu parler de Rastignac, sans jamais le rencontrer...








Il ajoute : « Difficile de ne pas en tirer l’interrogation suivante, tant les faits deviennent accablants : cet homme dont tout le parcours exhale le service du soi n’était-il qu’un pantin aux ordres de ceux dont il a appliqué, à la lettre, un programme les servant ? Est-ce pour cela que, sur tous les enjeux de société, M. Macron s’est montré particulièrement délavé, incapable de porter une idée ? »




 

Si la vie privée des uns et des autres a été soigneusement protégée, écartée même du propos du texte, pour éviter toute atteinte, « tout est attesté et recontextualisé », souligne Marion Mazauric. « Juan, c’est l’image moderne que, fille d’historien spécialisé dans la Révolution française, je me ferais de Saint-Just. »

Et pour cause : « Dans un pays où 90 % de la presse est entre les mains de quelques milliardaires, l’exposition de la vérité est affaire complexe », assène-t-il. On a tout juste achevé la fracassante préface signée par Denis Robert : le ton est donné, les enjeux posés. Fini de rire. l'édition et ses grands groupes éditoriaux n'est pas épargnée : les investissements d'actionnaires exercent peut-être une pression moins manifeste, mais la prudence n'existe pas moins.
 

Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption”, Juan Branco


« Le fonctionnement que détaille Juan est saisissant : les propriétaires des médias ne leur téléphonent pas pour dire de faire ou de ne pas faire. Ils nomment les gens qui procéderont aux nominations ou aux renvois », commente son éditrice. Ce qui permet, en toute sérénité, d’assurer qu’aucune ingérence n’existe entre les actionnaires et les journalistes. Mais en réalité, nous échappent les preuves de ces ingérences.

Depuis la constitution de la garde prétorienne montée autour d’Emmanuel Macron — et les noms s’accumulent, pointant, désignant — jusqu’au storytelling ayant placé Emmanuel Macron comme personnalité providentielle, rien n’est oublié. Et même ce qui n’est pas détaillé sera évoqué, avec une effrayante concision, en fin d’ouvrage.

« Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, l’artistocratisation d’une bourgeoisie sans mérite, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repère à mièvres et arrogants, médiocres et malfaisants », assène Branco, multipliant les exemples et les preuves.

« En eux qui ont fait du respect de la légalité un paravent pour s’autoriser tous les excès, ne réside plus la moindre recherche d’un engagement ou d’un don. » Implacable.
 



Et tant le courage d’un jeune trentenaire, qui a éprouvé ces milieux, en est d’ailleurs issu au point de les avoir totalement reniés, que celui d’une éditrice forcent le respect. « Juan est devenu l’avocat des causes perdues. Et le Diable va au front avec lui, comme nous le faisons depuis 20 ans », insiste Marion Mazauric. 



ESSAI – Quel point commun entre Xavier Niel, Bernard Arnault et Arnaud Lagardère ? Les médias ? Pas tout à fait. Leurs fortunes respectives ? C’est trivial. Non, le point d’intersection de ces trois puissances économiques n’est autre qu’Emmanuel Macron. Dans un livre tonitruant, Juan Branco remonte aux origines de la Macronie, son élaboration — sur un modèle oligarchique démontré.

Voici l’histoire d’un livre qui ne trouvait aucune maison d’édition pour le prendre sous son aile : « Soit elles ont eu la trouille, soit on leur a dit de ne pas le faire », pourrait-on comprendre. Il aura fallu une dose de courage, autant que de relectures méticuleuses, pour que Crépuscule voit le jour — ou ne laisse la nuit venir…
 

Je cherchais des grands hommes, et je n'ai trouvé que des hommes singeant leur idéal” - Nietzsche


Au Diable Vauvert, la directrice Marion Mazauric insiste : « C’est pour l’honneur de l’édition française : on ne pouvait pas laisser un tel texte impublié. » Cette forme d’interdit tacite fut la première motivation. La seconde, immédiate, c’est l’ouvrage lui-même. Diffusé depuis novembre dernier sur internet, le texte de Juan Branco incarne la définition même du brûlot. Un écrit qui, au-delà de la polémique dans le cas présent, provoque des dégâts, considérables.

Et cependant moindres que les dégâts qu’il constate.

Entre le fichier originellement diffusé — et toujours accessible, raison pour laquelle la maison n’a pas souhaité produire de format numérique pour ce texte — un travail de construction et de sourcing colossal est venu compléter « un texte initial déjà phénoménal », insiste l’éditrice.

L’ouvrage est incendiaire, aucune strate de la société du Petit-Paris n’est épargnée. Et à quelle fin ? Celle d’expliquer l’histoire par laquelle Emmanuel Macron a accédé à l’Élysée. Tout commencerait presque avec un SMS que ce dernier passa à Xavier Niel, fondateur de Free, alors que l’auteur déjeunait avec lui. « Le futur président de la République », présente alors Niel en exhibant son smartphone à Branco. Nous sommes en octobre 2014. D’où pouvait donc lui venir pareille assurance ?
 

« La légende aura voulu qu’un gentilhomme de province, projeté sans le sou dans Paris, se soit dévoué au bien commun à la suite de brillantes études, avant d’être propulsé aux plus hautes responsabilités de l’État, sans jamais être compromis », écrit Branco. Une histoire que l’on connaît, celle que les médias ont abondamment racontée. Mais Juan Branco en sait une de plus que le diable : cette ascension, « [s]'agirait-il en somme, dès le départ, d’une fabrication » ? Quoi de plus balzacien, d'ailleurs : le peuple français a tant entendu parler de Rastignac, sans jamais le rencontrer...



Il ajoute : « Difficile de ne pas en tirer l’interrogation suivante, tant les faits deviennent accablants : cet homme dont tout le parcours exhale le service du soi n’était-il qu’un pantin aux ordres de ceux dont il a appliqué, à la lettre, un programme les servant ? Est-ce pour cela que, sur tous les enjeux de société, M. Macron s’est montré particulièrement délavé, incapable de porter une idée ? »




Si la vie privée des uns et des autres a été soigneusement protégée, écartée même du propos du texte, pour éviter toute atteinte, « tout est attesté et recontextualisé », souligne Marion Mazauric. « Juan, c’est l’image moderne que, fille d’historien spécialisé dans la Révolution française, je me ferais de Saint-Just. »

Et pour cause : « Dans un pays où 90 % de la presse est entre les mains de quelques milliardaires, l’exposition de la vérité est affaire complexe », assène-t-il. On a tout juste achevé la fracassante préface signée par Denis Robert : le ton est donné, les enjeux posés. Fini de rire. l'édition et ses grands groupes éditoriaux n'est pas épargnée : les investissements d'actionnaires exercent peut-être une pression moins manifeste, mais la prudence n'existe pas moins.
 

Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption”, Juan Branco


« Le fonctionnement que détaille Juan est saisissant : les propriétaires des médias ne leur téléphonent pas pour dire de faire ou de ne pas faire. Ils nomment les gens qui procéderont aux nominations ou aux renvois », commente son éditrice. Ce qui permet, en toute sérénité, d’assurer qu’aucune ingérence n’existe entre les actionnaires et les journalistes. Mais en réalité, nous échappent les preuves de ces ingérences.

Depuis la constitution de la garde prétorienne montée autour d’Emmanuel Macron — et les noms s’accumulent, pointant, désignant — jusqu’au storytelling ayant placé Emmanuel Macron comme personnalité providentielle, rien n’est oublié. Et même ce qui n’est pas détaillé sera évoqué, avec une effrayante concision, en fin d’ouvrage.

« Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, l’artistocratisation d’une bourgeoisie sans mérite, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repère à mièvres et arrogants, médiocres et malfaisants », assène Branco, multipliant les exemples et les preuves.

« En eux qui ont fait du respect de la légalité un paravent pour s’autoriser tous les excès, ne réside plus la moindre recherche d’un engagement ou d’un don. » Implacable.
 



Et tant le courage d’un jeune trentenaire, qui a éprouvé ces milieux, en est d’ailleurs issu au point de les avoir totalement reniés, que celui d’une éditrice forcent le respect. « Juan est devenu l’avocat des causes perdues. Et le Diable va au front avec lui, comme nous le faisons depuis 20 ans », insiste Marion Mazauric