lundi 27 avril 2020

Lettre au Président Macron






Michel Cialdella
6, rue Joseph Bertoin
38600 Fontaine

Monsieur Emmanuel Macron Président
de la République Française
Palais de l'Élysée,

55 rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 Paris, France

https://www.elysee.fr/ecrire-au-president-de-la-republique/


Fontaine, le 26 avril 2020

Monsieur le Président de la République.

Qui suis-je ?

Michel Cialdella, 80 ans, militant CGT et comme tel administrateur de la CPAM de Grenoble de 1991 à 2009. Et à ce titre administrateur du CHU de Grenoble, de l’Hôpital de La Mure, de deux MAPAD et d’une Maison de retraite.

Jusqu’en 1996, le fait d’être administrateur de CPAM ou de CRAM (devenues CARSAT) nous permettait de siéger dans les hôpitaux et divers organismes (comme par exemple : Registre du Cancer,), mais aussi des commissions départementales, cantonales. Nous n’y avions que peu de pouvoir, mais c’était des lieux où l’on apprenait beaucoup sur la société dans laquelle nous vivons. Les ordonnances Juppé et les réformes suivantes ont exclu les représentants de la Sécurité sociale (principal financeur) de toutes ces structures. Il faut bien dire que les administrateurs coûtaient cher…Trente euros par vacation ! Ce qui est extrêmement modeste par rapport au travail que cela demande et qui ne se limite pas à la durée de la réunion. Sans compter les effets négatifs sur la carrière.

Mon mandat à la CPAM a pris fin le 31 décembre 2009. Les ordonnances Juppé ont fixé une limite d’âge à la fonction d’administrateur des organismes sociaux : « moins de 65 ans début de mandat ». Le mandat étant de 5 ans, on ne peut donc pas, contrairement au Sénat, siéger après 70 ans. C’est une mesure que j’ai approuvée. On n’est pas obligé d’être administrateur, pour continuer à militer et transmettre aux plus jeunes notre expérience. C’est ce que je continue et continuerai de faire tant que ma santé me le permettra.

***

Dans votre discours du 12 mars, vous avez notamment déclaré :

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai ».

La réalité c’est que tout continue comme avant.

Alors que les hôpitaux manquent de bouteilles d’oxygène, Luxfer, seule usine qui en fabriquait en France, a été délocalisée en 2018. Les députés LFI, PCF, PS réclament la nationalisation de ce site industriel situé à Gerzat (Puy-de-Dôme). Les salariés sont prêts à travailler. Qu’attendez-vous ?

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire envisage pourtant des nationalisations si nécessaire, le ministre de l'Action et des Comptes publics également. Que fait le gouvernement ? Il distribue des milliards (7 à Air France) sans contrepartie. Nous avons en mémoire la crise de 2008 où des milliards ont été distribués et tout a continué comme avant malgré les promesses du Président Sarkozy.

Le capitalisme dans sa phase néolibérale, dont vous êtes un des promoteurs, est mortifère, mais vous refusez de le voir. Vous n’êtes pas au service de l’intérêt général, mais au service des banques à qui vous devez votre élection. Dans votre discours, ci-dessus cité, vous parlez de rupture, mais jusqu’à présent les seules ruptures que vous avez commises sont celles qui détruisent ce qui fait la gloire de la France (après les crises) les services publics, la Sécurité sociale, le Code du travail, etc.

Vous et vos semblables voulez à tout prix (quoiqu’il en coûte ?) réformer la France, il conviendrait peut-être de nous demander quelle « réforme » nous voulons ? La Constitution ne proclame-t-elle que le principe de la République est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. (1)

Vous déclarez : notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe.

Les mots ont un sens, et les conquis sociaux doivent tout aux luttes et aux avancées démocratiques et rien à une quelconque « providence ». Quant à la Sécurité sociale (avec ses trois branches : Maladie – Vieillesse – Famille) elle est à l’origine (1945 – 1946) un organisme non étatique, géré majoritairement (3/4 des sièges) par les salariés élus à la proportionnelle sur liste syndicale. Pendant 20 ans la classe ouvrière a prouvé sa capacité à gérer un budget (notre salaire socialisé) supérieur à celui de l’Etat. Jusqu’à que les gouvernements successifs (depuis 1967) de réformes en réformes dévitalisent pour mieux la détruire cette conquête que le monde entier nous envie. Nous mesurons aujourd’hui à quel point c’est catastrophique…

On sabote les niveaux de vie tout en faisant appel à la confiance. On désintègre des institutions, on dégrade des acquis sociaux, mais, chaque fois, pour les préserver, pour leur donner une dernière chance : « c’est pour mieux te sauver mon enfant ! ». Écrivait déjà Viviane Forrester dans L’horreur économique en 1997. (2)

Depuis la réforme constitutionnelle du 22 février 1996 introduite par le gouvernement Juppé le parlement (hélas ) vote le budget de la Sécurité sociale parachevant ainsi la mainmise de l’Etat sur notre Sécu. Alain Juppé c’est ce personnage qui avait écopé en 2004 d'une peine de 14 mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité. La cour d'appel de Versailles l'avait reconnu coupable de "prise illégale d'intérêt", dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a proposé Alain Juppé comme membre du Conseil constitutionnel. Dans votre Nouveau Monde on peut donc avoir été condamné par la justice et finir au Conseil constitutionnel. C’est vrai que ledit Richard Ferrand est lui-même mis en examen…Les « mis en examen » » ne manquent pas dans votre entourage : Benalla, Bayrou, de Sarnez, Vincent Crase et j’en passe. Ce Nouveau Monde ressemble étrangement à l’ancien.

Selon le syndicat CGT - UNILEVER votre gouvernement a longtemps expliqué le manque de moyens dans la santé par l’absence “d’argent magique”. En 2017, l’Etat engageait 17,5 millions d’euros dans l’achat de grenades lacrymogènes pour 4 ans ! Un pognon de dingue pour la répression !

Ce n’est pas le coronavirus et son expansion qui constituent la cause de la crise, l’épidémie n’est qu’un élément détonateur. Tous les facteurs d’une nouvelle crise financière sont réunis depuis plusieurs années, au moins depuis 2017-2018. (3).

La situation exige donc que l’on fasse une autre politique en France. Elle doit être l’exact contraire de ce qui est fait depuis près de 40 ans. En commençant par reconnaître à travers le salaire les métiers indispensables par exemple : les personnels soignants, les aides à domicile, les éboueurs, les pompiers, les facteurs et globalement les personnels des services publics dont nous avons pu constater (si besoin en était) qu’ils étaient indispensables. Contrairement aux traders, actionnaires et autres conseillers en communication.

On peut immédiatement fixer le SMIC à 2000 euros bruts avec une hiérarchie des salaires et revenu de 1 à 3 en fonction de la qualification y compris pour les élus (tous les élus), la fonction élective ne devant plus être un métier.

Il faut que les législateurs se trouvent dans la situation qui confond le plus leur intérêt et leur vœu personnel avec celui du peuple ; or, pour cela, il est nécessaire que souvent ils redeviennent peuples eux-mêmes. (4)

Avec le pognon que nous récupérerons si nous ajoutons celui de la fraude de l’évasion fiscale et le prélèvement massif sur les fortunes indécentes, nous pourrons aisément rapatrier les productions indispensables et financer la Santé et les besoins sociaux dont les lances grenades ne font pas partie. Quand le pouvoir est juste, il est toujours assez fort de la force du peuple. (5) 

Pour aller vers plus de démocratie il vous faut dissoudre l’assemblée, faire élire une constituante à la proportionnelle et démissionnez, car nous n’avons pas besoin d’homme (ou de femme) qui décide de tout. Un Premier ministre élu par l’assemblée sur un programme et qui rend des comptes à ladite assemblée c’est bien plus démocratique. Voilà qui peut être un début de changement.
Contrairement à vos habitudes, écoutez la voix du Peuple.

Les malheureux sont les puissances de la terre ; ils ont le droit de parler en maître au gouvernement qui les néglige. St Just.

Michel Cialdella





1)      Article 2 de la Constitution française

2)      L’horreur économique. Viviane Forrester. Éditions Fayard. 1997.

3)      Non, le coronavirus n’est pas le responsable de la chute des cours boursiers (par Eric Toussaint) Version actualisée le 4 mars 2020.

4)      Maximilien Robespierre .

5)      Gracchus Babeuf.

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