dimanche 13 avril 2014

Les perroquets de la pensée unique sévissent dans tous les médias




Une réponse article sur le site "Atlantico"
samedi 12 avril 2014

Le site "Atlantico" (Voir l’article)...- publie le 10 avril 2014 un entretien avec Nicolas Bouzou et Christian Saint-Etienne "porte-voix du néolibéralisme". Cela m’a inspiré quelques remarques, que j’ai insérées en italique. 
21 milliards d’économies à trouver sur la Sécurité sociale : quelles pistes pour maîtriser les dépenses sans trahir l’esprit de l’Etat-providence. 
Signe de leur mauvaise foi ou de leur ignorance… Ou des deux !
L’expression État-providence employée par tous ceux qui veulent en finir avec la sécurité sociale.
Tout d’abord à l’origine la sécurité sociale n’est pas une institution étatique.
Pierre Laroque expliquait d’ailleurs que les fondateurs de la Sécurité sociale ne voulaient rien demander à l’État et donc à l’impôt.
Il ne s’agit pas non plus de providence, mais de cotisations sociales issues des richesses créées par le travail des salariés, les seuls qui devraient pouvoir décider, mais à qui on ne demande jamais rien ! 

Après avoir présenté une partie des orientations budgétaires lors de son premier discours de politique générale, Manuel Valls a annoncé mercredi 9 avril des économies supplémentaires sur la Sécurité sociale, portant l’ensemble à 21 milliards d’euros sur trois ans.
Un défi qui pourra difficilement être mené à bien si l’on ne se penche pas sur une réforme des structures de l’Etat protecteur. 

« Mené à bien » : curieuse expression pour un crime contre la santé !
Manuel Valls a annoncé mercredi 9 avril des économies supplémentaires sur la Sécurité sociale.
Atlantico : Au regard de la conjoncture actuelle et de la pression fiscale pesant sur les ménages, quel peut-être l’impact des économies plus qu’ambitieuses annoncées par Manuel Valls ? Est-on préparé à un tel choc ? 
La pression fiscale exercée sur les ménages est une formule qui cache la réalité. Les "ménages "ça n’existe pas.
On ne peut pas mettre sur le même plan un ménage dont l’un des conjoints est PDG du CAC 40 et un ménage dont les revenus cumulés sont inférieurs au salaire médian (environ 1600 € par mois).
D’autant plus que parmi les milliardaires un grand nombre sont des exilés fiscaux qui de plus bénéficient de niches fiscales leur permettant « d’optimiser ».
Dans le cas de la sécurité sociale je rappelle qu’il s’agit de cotisations issues du travail des salariés. La question « Est-on préparé un tel choc ? »
Montre que c’est un recul de civilisation qui est envisagé et que aussi bien le site Atlantico que nos deux perroquets ultralibéraux n’envisagent pas une évolution positive pour les travailleurs. La preuve par la réponse.

Christian Saint-Etienne : Ces économies sont nécessaires puisque l’on sait que sur les dépenses de protection sociale s’élèvent à 33% du PIB, soit près de la moitié de ce que représente l’ensemble des prélèvements obligatoires (57%).
Il faudrait nous dire en quoi le fait que les dépenses sociales s’élèvent à 33 % du PIB seraient une mauvaise chose et qui a décidé que c’était trop ?
Rappelons que cela concerne : santé, vieillesse-survie, maternité, famille, emploi, logement, pauvreté, exclusion sociale.
En 2011 les dépenses de protection sociale s’élèvent à 672,9 milliards d’euros dont 638,8 milliards d’euros de prestations (chiffres de la Drees « études et résultats numéro 856 d’octobre 2013).
Cela concerne des millions de personnes en France. Si l’on met en regard les 270 milliards d’euros de fonds publics au bénéfice du capital c’est-à-dire d’une poignée de personnes on voit bien de quel côté et le scandale.
Pour les simples dépenses de santé, ce chiffre est de 20.5%, ce qui n’est clairement pas négligeable. 
Toujours selon la Drees (études et résultats numéro 851 septembre 2013) le montant des dépenses courantes de santé s’élève à 243 milliards d’euros en 2012 soit 12 % du PIB. 
A titre de comparaison, on note que la plupart des grands pays sociaux-démocrates ont des dépenses sociales bien moindres, oscillant généralement entre 25 et 30%.
Cela nous laisse une marge de 30 à 40 milliards d’économies, et les 10 milliards annoncés sur la simple santé par le gouvernement Valls semblent d’après moi représenter le bon ordre de grandeur. Reste à savoir quelle marche à suivre pour réaliser ces réformes.
Si l’on fait des réductions de dépenses à structures constantes, il est clair que l’on créera des goulets d’étranglement qui finiront par être problématiques.
La question se situe davantage sur les méthodes de réorganisation et de management au sein des différents services offerts par ces structures. 

Le paragraphe ci-dessus illustre bien les dégâts de la pensée unique néolibérale.
Qui ne peut ne serait-ce qu’imaginer d’autres solutions. 

Nicolas Bouzou : Tout dépend de la façon dont ces économies sont réalisées. _Il faut bien garder à l’esprit que les dépenses sociales (santé, chômage, retraite) représentent plus de la moitié de la dépense publique (près de 650 milliards pour un total 1151 milliards d’euros en 2012). 
Erreur ou mensonge ? De quoi parle-t-on ? Si l’on parle de la protection sociale (650 milliards d’euros) il ne s’agit pas seulement de santé, chômage, retraite, mais aussi de l’invalidité, des accidents du travail des maladies professionnelles, de la survie, de la famille, de la maternité, de l’emploi, du logement, de la propreté et de l’exclusion sociale (638,8 137 milliards d’euros en 2011 selon la Drees).
C’est non seulement là que la dépense progresse le plus mais aussi là qu’elle progresse le plus rapidement, cela s’expliquant par notre vieillissement démographique ainsi que par des systèmes de soins de plus en plus personnalisés, donc plus coûteux.
Les économies s’avèrent donc nécessaires, mais elles devront passer par une réforme en profondeur de notre système, ce qu’a semblé évoquer Manuel Valls à travers une réorganisation de l’offre de soins.
Il est en tout cas clair que l’exécutif ne pourra pas se contenter comme par le passé de réformes à la marge en diminuant le prix des médicaments et des examens médicaux s’il souhaite trouver les 21 milliards sur lesquels il s’est engagé.
La stratégie du coup de rabot a aujourd’hui fait son temps, et nous sommes au bout d’une telle logique actuellement.
Il faut aujourd’hui changer de logiciel en rentrant dans une politique d’efficience se concentrant sur la productivité.
En réduisant fortement les cotisations patronales, mais aussi salariales, le gouvernement devra faire face à une perte de ses recettes en plus des économies déjà annoncées.
Y est-il préparé actuellement ? Ne risque-t-on pas d’être confronté à un cercle vicieux ?

Vicieux vous avez dit vicieux ?
Il faut certainement être vicieux pour s’en prendre à la santé des Français sous prétexte de faire des économies : au bénéfice de qui ? 

Christian Saint-Etienne : Les bases ne sont pas les mêmes, puisque les recettes reposent pour l’essentiel sur la masse salariale du privé. 
Ce qui est normal car le plus grand nombre des salariés travaille dans le secteur privé soit 23 767 700 selon l’INSEE. La fonction publique française compte 5,2 millions d’agents (1). 
Si l’option des économies via la réorganisation du système est retenue, on sera donc plutôt sur une logique gagnant-gagnant puisque la baisse du coût du travail renforcera logiquement le secteur marchand, développant les recettes de l’état et réduisant ses dépenses.
C’est donc plutôt un cercle vertueux qui pourra se mettre en place si les bonnes mesures sont adoptées en la matière. 

Celle-là il fallait l’oser ! « La baisse du coût du travail renforcera logiquement le secteur marchand, développant les recettes de l’état et réduisant ses dépenses ».
Tout d’abord il faut rappeler que le travail n’est pas un coût mais le seul moyen de créer des richesses.
Et prétendre que baisser les salaires (directs et socialisés) renforcera logiquement le secteur marchand, il faudra nous expliquer comment ?
Nicolas Bouzou : Le gouvernement n’est effectivement pas totalement préparé à cet effet à la baisse, même si 50 milliards de réductions de la dépense publique ont été prévues.
En vérité, s’il souhaite financer les nouvelles mesures annoncées et respecter dans le même temps les engagements devant la Commission européenne sur le plan des déficits, l’ordre de grandeur des économies devrait plutôt se porter entre 60 et 70 milliards d’euros.
Il était intéressant à ce titre de voir que bon nombre de mesures étaient très détaillées dans le discours de politique général du Premier ministre alors que celles concernant les dépenses de l’Etat sont restées assez floues.

Vous semblez ignorer que les déficits publics sont dus pour l’essentiel aux cadeaux fiscaux faits aux classes les plus aisées.
Un récent rapport parlementaire (Bocquet) estimait que le coût pour l’Etat français de l’évasion fiscale pourrait, en réalité, atteindre les 50 milliards d’euros.
Souvenez vous que depuis 2000, l’Etat a perdu entre 100 et 120 milliards d’euros de recettes fiscales, dont deux tiers (de 75 à 90 milliards) au titre des baisses d’impôts, selon, le rapporteur général UMP du budget à l’Assemblée nationale, Gilles Carrez.
(L’Expansion.com, publié le 05/07/2010). Je n’ai pas fait d’études mathématiques mais il me semble bien que, hypothèse basse : 75 plus 50 égal 125 milliards €.
Il est où le problème ? On pourrait aussi évoquer "Ces 600 milliards qui manquent à la France "(2) et les profits financiers des grandes entreprises qui représentent en moyenne 300 milliards € par an. 

Face à l’insolvabilité chronique de notre système de sécurité sociale :  
_ il n’est pas naturellement insolvable mais les politiques mises en oeuvre depuis une bonne trentaine d’années : blocage du taux de cotisation, modération salariale, chômage, ont affaibli ses recettes.
Les bonnes idées ne manquent pourtant pas.
Quelles pistes semblent le plus justifiables au regard de la situation ?
Comment faire en sorte qu’elles soient les moins douloureuses possible et les moins pénalisantes pour la croissance ?
En 2012, l’Institut Montaigne : _
 Comme par hasard un institut tout ce qu’il y a de plus libéral,
avait organisé une conférence citoyenne pour réfléchir aux mesures les plus efficaces dans l’amélioration du système de soins français face à la dérive des coûts.
Plusieurs éléments en étaient ressortis :

Je note que pour vous l’allongement de la durée de la vie, l’évolution scientifique qui permet de mieux soigner, les épidémies qu’on ne saurait prévoir (sida) constituent une "dérive des coûts". 
- Une meilleure gestion des dépenses
Pallier au gaspillage en limitant les prescriptions abusives voire inutiles alors qu’un nombre conséquent de médicaments achetés ne sont pas consommés.
Regrouper les différents régimes de Sécurité sociale pour simplifier et optimiser les dépenses alors que l’on retrouve aujourd’hui un trop grand nombre d’acteurs à trop de niveaux administratifs dans un système alourdi par une succession de lois court-termistes.
Il faut aussi mettre en place le Dossier Médical Personnel pour un meilleur contrôle vertical des soins, sensibiliser les praticiens et les patients à la modération des prescriptions des médicaments et des actes.
Une réflexion sur une simplification du mode de financement ainsi que sur le contrôle u système de collecte serait des plus louables.

Et la prévention ? 
- Revoir les sources de financement
Aujourd’hui, les sources du financement de la santé sont le travail (à travers les cotisations sociales patronales et salariales), la CSG, la CRDS ainsi qu’un ensemble de taxes mineures.
Cependant, étant donné la conjoncture actuelle, alléger les charges du travail nous semble indispensable.
L’idée de moins taxer le travail est très largement partagée au sein du groupe. Il conviendrait d’élargir l’assiette du recouvrement à condition qu’il soit plus juste.
Cependant nous ne privilégions pas tous les mêmes pistes : certains favorisent la TVA, d’autres la CSG.
D’autres pistes à inventer sont évoquées dans le groupe. Pour certains, la CSG semble plus adaptée qu’une augmentation de la TVA car elle semble pouvoir rapporter plus et être plus juste.
D’autres au contraire accepteraient une augmentation de la TVA, considérant la CSG comme un impôt injuste.

À l’origine le système était simple il y avait les cotisations sociales, part salariales et part entreprise.
Les cotisations ne sont pas des charges qu’il conviendrait d’alléger mais une nécessité pour financer l’accès aux soins du plus grand nombre.
En effet les patrons ne payent rien de leur poche ils ne font que prélever sur les richesses créées par les salariés pour le reverser aux URSSAF pour ce qui concerne la sécurité sociale.
Les décisions de geler les taux de cotisation sociale : la cotisations patronales vieillesse en 1979 et la cotisations patronales santé en 1984 sont avec le chômage (plus de 5 millions de chômeurs réels) la principale cause du déficit de la sécurité sociale.
Le recours à la TVA est une pure escroquerie, quant à la CSG elle est payée à 90 % par les seuls salariés.
La cotisation sociale qui a fait ses preuves et dont le taux a augmenté jusqu’à en 1979 est la seule réponse efficace au financement de la sécurité sociale. 

- Mettre en place un "bouclier sanitaire"
Nous souhaiterions que le bouclier sanitaire soit étudié (nous avons compris qu’il en existe différentes formules : franchise identique pour tous, ou montant proportionnel au revenu) de manière à renforcer la justice concernant le reste à charge.
Pour quelques-uns d’entre nous, minoritaires, le bouclier sanitaire aurait pour fonction aussi de faire des économies et de limiter le rôle des complémentaires santé.

Le véritable bouclier sanitaire c’est la prise en charge à 100 % par la branche maladie de la Sécurité sociale des dépenses de santé est une politique de prévention dans les entreprises pour éviter des crimes industriels comme celui de l’amiante.
- Plus de transparence
Nous souhaitons connaître et que soient affichés les coûts de fonctionnement et d’investissement du système de santé, ainsi que le coût individuel de la santé.
Nous demandons, d’une façon générale, plus de transparence et plus d’accessibilité (et de lisibilité) concernant le budget et les financements de la santé.

C’est curieux cette exigence de transparence pour ce qui concerne les dépenses de santé, alors que ces mêmes exigences n’existent jamais pour les gabegies du capital.
Il faut rétablir les élections des conseils d’administration des caisses de sécurité sociale.
Ces élections doivent se faire à la proportionnelle sur listes syndicales à l’exclusion du patronat et avec des conseils d’administration au pouvoir étendu. 

Christian Saint-Etienne : L’axe central pour faire évoluer le système est de jouer sur la prévention plutôt que sur le curatif comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui.
La mise en place d’une réelle politique, construite et aboutie, en termes de prévention dans la santé publique me semble ainsi plus que nécessaire, bien que rien n’ait été fait concrètement à ce jour pour abonder dans ce sens.
On peut notamment réfléchir à la mise en place de maisons de santé territoriales qui fonctionnerait sur le mode libéral et rassembleraient plusieurs médecins pour assurer un service quasi-continu (6h/minuit).
Cela serait bien plus efficace que le système actuel en offrant un suivi précis des patients sur le long-terme, évitant ainsi la surcharge des services d’urgence qui génèrent des coûts importants. 

Il faut rappeler ici que 30 % des personnes renoncent à tout ou partie des soins pour des raisons financières et que cela justifie le recours aux urgences où l’on est sûr d’être soigné…
Pour combien de temps ?
Il faudra nous dire aussi en quoi le mode libéral serait plus efficace et moins cher que le service public. 
Nicolas Bouzou : On peut déjà réaliser des gains de productivité littéralement colossaux au niveau de l’hôpital grâce aux avancés technologiques.
On peut notamment développer ce que l’on appelle la « chirurgie ambulatoire » qui consisterait à ne pas garder les patients qui peuvent rentrer chez eux le soir, cette pratique pouvant éviter des dépenses faramineuses en termes de frais de structures.
Plus largement, de nombreux développements peuvent être faits dans cette logique alors que l’on sait que les femmes enceintes restent à l’hôpital 20 jours de plus que la moyenne des pays de l’OCDE.
Il faut plus largement s’intéresser à une meilleure séparation entre ce qui relève du domaine de la solidarité et ce qui relève de l’assurance pure : si l’on peut considérer que soigner un cancer est un devoir collectif que la société doit prendre en charge, on peut affirmer qu’une personne s’étant cassé une jambe lors des sports d’hiver doit plutôt se reposer sur une assurance classique (complémentaire santé).
Au-delà des économies réalisées, il s’agirait là d’un système autrement plus simple que les usines à gaz actuelles.

La sécurité sociale a été instaurée pour faire face a la totalité des risques.
Et tout ce que vous avez à proposer c’est un recul de civilisation. 

La question des coûts administratifs est un autre débat (puisque l’on sait que la France dépense en la matière 35 milliards d’euros par an, soit 6 Milliards de plus que l’Allemagne, ndlr), et il faudrait à ce titre que l’Etat et l’assurance maladie s’impliquent dans de véritables politiques de ressources humaines, notamment à travers la formation et la reconversion des personnels.
Ce n’est pas des plus faciles à mettre en pratique, puisque l’on sait que cela peut poser problème même aux entreprises mais des exemples positifs comme ceux de La Poste permettent d’affirmer que ce type de restructuration est envisageable. 

Les fondateurs de la sécurité sociale où il n’y avait ni Christian Saint-Étienne ni Nicolas Bouzou voulaient une sécurité sociale gérée par les intéressés au plus près des assurés.
Notons également que la gestion de l’assurance-maladie c’est 4 % du budget. Ce qui comprend les salaires mais aussi les bâtiments, les fluides, le téléphone, l’affranchissement et l’informatique. Ce qui veut dire que les agents (de droit privé) qui travaillent dans les caisses de Sécurité sociale ne sont pas très bien payés.
Les mutuelles, assurances privées ont des coûts de gestion nettement supérieurs à ceux de la Sécurité sociale ( 15% pour les mutuelles et de 20 à 30% pour les assurances privées). 

Au-delà des mesures techniques, la question de la forme de l’Etat-providence au XXIe siècle vient à se poser.
Comment le réinventer pour l’adapter aux réalités contemporaines sans pour autant trahir son esprit de départ ?
Christian Saint-Etienne : L’Etat-providence doit évoluer vers un filet minimum de protection sociale afin de conserver un outil de prévention contre la chute dans la pauvreté extrême. 
Rappelons que la providence n’a rien à voir dans la création de la sécurité sociale mais seulement un rapport des forces politiques et des luttes syndicales favorables aux travailleurs.
Dès l’origine le patronat s’est opposé à la création de la sécurité sociale, il l’a subie. Aujourd’hui le rapport des forces ayant changé le patronat avec les alliés du type Christian Saint-Étienne et Nicolas Bouzou essaye de renverser la table.
Voilà le modèle américain qui laisse 50 millions de personnes sans assurance-maladie (Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie) : 

Au-delà de ce régime de base, les individus pourront passer par des acteurs associatifs ou privés afin d’avancer vers davantage de responsabilisation. 
Les salariés n’ont attendu personnes pour être responsables et surtout pas le patronat qui se goinfre de fonds publics et délocalise dès que possible. Rendez la sécu aux travailleurs ils vous feront la preuve qu’ils sont responsables.
Citons Pierre Laroque : « nous avons eu la chance, si c’est une chance, que la CGT ait été pratiquement seule en 1945 à représenter le monde de travail, et qui nous a complètement appuyé parce qu’elle se sentait responsable ». 

D’un côté un système public universel puissant assumant la prise en charge des citoyens afin qu’ils restent opérationnels.
Les deux grandes libertés fondamentales dans le monde actuel sont, d’après moi, la santé et l’éducation, ce qui justifie que des services stratégiques soient mis en place par l’Etat pour assurer un certain minima dans ce domaine. La situation actuelle de nos finances démontre toutefois assez bien que ce même Etat ne peut pas prendre en charge les services complémentaires sans en payer lourdement le prix au niveau budgétaire, d’où le recours à l’associatif et au privé à partir d’un certain point.
Contrairement au système libéral américain où l’on considère qu’un individu peut s’éduquer et se soigner par lui-même, on peut considérer en s’appuyant sur l’histoire des sociétés démocratiques développées que l’Etat se doit d’assurer un certain nombres de services, bien délimités, pour que les individus les moins aisés puissent s’en sortir financièrement et bénéficier d’un socle minimum de connaissances.
Le maintien d’un noyau dur ou les services seraient mieux régulés et évalués m’apparaît donc essentiel plutôt que de persister dans une logique très large qui est loin de toujours fournir ses résultats : le fait que 20% des jeunes sortent aujourd’hui du système éducatif sans diplôme n’est qu’une illustration parmi d’autres de ces errements.

Que les moins aisés aient « un socle minimum de connaissances », quel mépris pour les plus pauvres qui ne sont pas forcément les plus bêtes !
Nicolas Bouzou : Notre modèle d’Etat-providence (encore, mais c’est une obsession) a été forgé par le Conseil national de la Résistance au sortir de la Seconde Guerre mondiale alors que l’on était dans un contexte de croissance, de dynamisme démographique et de plein emploi.
La situation économique est toutefois nettement différente aujourd’hui et le besoin d’adaptation devient de plus évident. 

N’importe quoi !
Le contexte de l’époque c’était une France dévastée par cinq années de guerre et de collaboration du grand patronat français avec les nazis(3).

Il peut y avoir deux méthodes à partir de là : l’adaptation à chaud et l’adaptation à froid.
La première se fait lorsque le système est en crise et qu’il se retrouve incapable de se financer à courte échéance (c’est notamment ce qui arrivé en Espagne ou en Grèce) la seconde se faisant dans la négociation avec la prise en compte de l’opinion publique.
C’est notamment ce qui s’est passé en Allemagne où les partenaires sociaux ont su insuffler plusieurs pistes de réformes alors que l’on percevait que le système social devenait de plus en plus déficient. 

En Allemagne, « un sondage réalisé par l’IFOP à l’automne 2011 révèle l’ampleur du malaise. Le modèle présenté si souvent comme l’exemple à suivre par une bonne partie des dirigeants et des membres de la presse française, est détesté par les Allemands eux-mêmes.
Une majorité écrasante de citoyen (73 %) considère qu’elle vit dans une « société injuste » les Allemands percent désormais leur système social comme un anti modèle. 53 % d’entre eux considèrent que leur niveau de protection sociale globale (assurance chômage, retraite et maladie) n’est « pas satisfaisant ».
Ils sont 64 % à déclarer que le système d’éducation et de santé ne fonctionne pas bien et 67 % à estimer que le versement des retraites ne sera « pas bien assuré pour les 20 prochaines années ». (4). 

Quels pays ont déjà mené à ce titre des expériences probantes.
Est-il possible de s’en inspirer ?
Christian Saint-Etienne : L’évolution du système de protection suédois depuis une quinzaine d’années nous offre plusieurs enseignements, notamment sur le développement du suivi médical afin d’anticiper l’émergence de maladies chroniques qui coûtent en aval des sommes importantes en termes de soins.
Il pourrait être à ce titre intéressant de réfléchir à un moyen d’inciter les individus à un suivi détaillé afin qu’ils se maintiennent en bonne santé, respectant ainsi le contrat de solidarité collectif et évitant le développement de surcharges financières.
Nicolas Bouzou : Tous les pays développés réfléchissent et continuent de réfléchir sur ces sujets.
Les pays scandinaves sont parmi ceux qui ont développé les exemples les plus probants bien que l’Autriche (régime du paritarisme), la Suisse (modèle décentralisé sur les collectivités) et le Luxembourg ont envisagé des pistes intéressantes, d’autant plus qu’ils les ont instaurés en anticipant les difficultés futures.

Quel manque d’imagination !
Vouloir à tout prix aller chercher à l’étranger des modèles qui de préférence confortent le néolibéralisme.
En France les forces de progrès avec à leur tête le ministre communiste Ambroise Croizat ont su inventer ce que l’on appelle encore, malgré l’oeuvre de destruction en cours : « le modèle français de protection sociale ».
Si certains nient le fait que la sécurité sociale française est le fruit des luttes l’actualité aujourd’hui donne raison à ceux qui disent que c’est une conquête ouvrière.

En guise de conclusion.
Si l’on poursuit la logique aujourd’hui à l’oeuvre : baisse du coût du travail et diminution des dépenses de santé cela devrait nous conduire à la suppression de la sécurité sociale et la réinstauration de l’esclavage.
Un petit problème tout de même qui pourrait acheter les marchandises émanant de la « politique de l’offre » ?
Les principes fondateurs de la sécurité sociale française sont toujours d’actualité : financée par la cotisation sociale qui n’est pas un prélèvement met un ajout par le fait qu’elle reconnaît la valeur économique des personnels soignants, des médecins conventionnés du secteur 1, et des professions paramédicales (infirmiers, kinésithérapeutes).
Un des aspects peu étudiés de notre système de sécurité sociale est l’amélioration de la productivité, en effet une population en bonne santé est plus productive.
Tout le monde s’accorde pour reconnaître le rôle d’amortisseur de la crise de notre système de protection sociale.
Reconnaître cela n’exclut pas de vouloir l’améliorer ce qui ne veut pas dire le détruire mais améliorer la prise en charge, intégrer par le haut l’ensemble des régimes et aller vers la suppression des complémentaires.
Il va de soi que les marchands n’ont rien à faire dans le système de santé.

Michel Cialdella.

NOTES :
- 1) C’est ce qui ressort du dossier de presse publié le 21 janvier 2005 par le ministère de la fonction publique après la dernière réunion du Conseil d’orientation de l’observatoire de l’emploi public. Les effectifs des entreprises publiques telles que La Poste, SNCF, RATP, EDF ou France Télécom ne sont pas intégrés dans les calculs du ministère. Sur 5,2 millions d’agents publics travaillant pour l’Etat, les collectivités territoriales et les hôpitaux, 273 000 relèvent du statut des "emplois aidés" (CES, emplois jeunes). La fonction publique d’Etat emploie 2,625 millions de personnes, dont plus de la moitié travaillent pour l’éducation nationale. La fonction publique territoriale (régions, départements, communes) représente 1,603 million d’agents, dont 21% relèvent de contrats de droit privé. Enfin, les hôpitaux emploient 970 000 personnes. La fonction publique hospitalière est celle qui emploie le moins de contractuels et le plus de femmes. Installé le 18 septembre 2000, l’observatoire de l’emploi public est chargé d’assurer la collecte, l’exploitation et la diffusion de l’information sur l’emploi dans les services de l’État, des collectivités territoriales et des structures hospitalières.
- 2) "Ces 600 milliards qui manquent à la France ", enquête au coeur de l’évasion fiscale. Antoine Peillon. Éditions du seuil 2012.
- 3) On lira avec intérêt les travaux de l’historienne Annie Lacroix Riz, et notamment « industriels et banquiers sous l’occupation ». Éditions Armand Colin. 2013.
- 4) « Modèle allemand une imposture ». Bruno Odent. Le temps des cerises. 2013.


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